Beau métier, tout de même, que celui de mettre le feu aux têtes et aux coeurs de jeunes lecteurs!
Patience! Patience! La Caravane se lancera bientôt sur la route des vacances...
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Les Prairies canadiennes: d'immenses étendues de blé où vivent des êtres austères et conservateurs... et disons-le, un tantinet ennuyants. Quelle vision! Honte à moi!
Margaret Laurence a heureusement fait trembler sur leur socle ces préjugés si bien incrustés. Dans son roman The Diviners, elle nous présente Morag, une écrivaine bohème, aux yeux grands ouverts, à l'intelligence intuitive, au sens de l'observation tout en poésie. Un personnage hors du commun: une belle artiste.
Morag est en effet une narratrice lucide, une héroïne en proie au doute, consciente de la lutte entre fiction et réalité qui fait rage dans son écriture, sa vie, sa mémoire. Margaret Laurence offre au lecteur un roman-grenier où s’entassent un bric-à-brac de talismans, de photos couleur sépia, de souvenirs imaginés, de personnages de fiction, de morceaux de réalité, de langues oubliées. De ce fouillis apparent, surgit un album, ce dernier chapitre où sont présentées des chansons où vibrent et évoluent des héros rendus éternels, véritables socles familiaux où s’appuieront les générations futures. Un roman de la filiation, donc, mais aussi et surtout, une vaste entreprise de compilation, de triage, de transformation des souvenirs, heureux ou douloureux, qui s’entassent dans la mémoire, source de vérité, matériau de la construction identitaire.
Un incontournable de la littérature canadienne!
L'épistolaire, un de mes genres littéraires favoris...
Thierry Pardo, Agent de recherche à l'UQAM
Le Devoir, édition du lundi 03 novembre 2008
Cher peuple québécois que j'aime et que je respecte au point d'avoir sciemment choisi de venir vivre parmi vous... Je voudrais vous faire partager le témoignage d'un immigrant. Je ne suis pas pakistanais, ni syrien non plus, je suis français.
De quoi aurai-je à me plaindre, me direz-vous? Vous le savez, les Français ont l'art de toujours trouver une raison de se plaindre. Plus simplement, je souhaite partager avec vous un aperçu des démarches imposées pour venir vivre dans votre beau pays. Démarches que par définition aucun Québécois de souche n'a eu à faire.
Passons les habituelles radiographies des poumons, extraits de casier judiciaire, sommes d'argent à posséder... Le Québec exige pour s'installer dans la province un Certification d'acceptation du Québec. Pour l'obtenir, entre autres formalités, nous devons raconter ce qu'ont été nos dix dernières années (périodes de travail, de maladie, de chômage, voyages...) sans omettre une seule journée. Sacré défi! Il faut bien sûr mentionner les diplômes, les formations, etc., à la suite de quoi, si tout cela est beau, nous recevons le fameux certificat.
Naïveté, quand tu nous tiens...
C'est alors que nous avons la naïveté de croire que c'est en raison de notre parcours que nous avons été acceptés. Erreur majeure! C'est en arrivant en sol québécois que nous apprenons, à force de refus, que nos diplômes ne sont pas reconnus et que notre expérience, par définition non québécoise, n'est pas valide.
Et encore! Moi je possède une bonne maîtrise du français, et arrive de mon propre gré d'un pays ami. Je vous laisse imaginer le parcours de ces fameux Pakistanais et Syriens que je ne suis pas.
Ne voilà-t-il pas que maintenant, on suspecte, par méconnaissance et a priori, mes valeurs. Je précise bien par méconnaissance, car quel Québécois sait que le Parlement turc abritait déjà plusieurs femmes députées quand les Canadiennes n'avaient pas encore le droit de vote? Qui se souvient que l'Inde ou le Pakistan avaient des femmes au poste de premier ministre quand au Québec la parité dans la représentation politique n'est encore qu'une chimère? Hérouxville aurait-il eu gain de cause?
Question de valeurs
Peuple québécois que j'aime, vous valez mieux que ça. Pourquoi suspecter a priori les valeurs des peuples qui ont vu naître dans leurs entrailles des Gandhi, Confucius, Averroès, Rousseau... De quel piédestal faut-il regarder le monde pour en arriver là? Allons, mes amis québécois, laissez le complexe de supériorité aux Anglais, aux États-uniens ou aux Français. Ne vous laissez pas aller à cette facilité-là et songez que les gens qui débarquent à Dorval et qui forment l'immigration que le Québec appelle de tous ses voeux pour répondre à ses besoins ont souvent tout quitté, tout vendu s'ils avaient quelque chose à vendre, ils ont dû convaincre leur famille, expliquer aux grands-mères que c'était sans doute la dernière fois qu'elles voyaient leurs petits-enfants... Ces gens-là sont arrivés gonflés de l'espoir d'une vie meilleure.
Alors, faites-leur l'honneur de les accueillir sans suspicion a priori. Que l'un d'entre eux veuille dénaturer le Québec, alors jugez-le, affirmez vos valeurs, mais faites-moi le cadeau de ne pas me juger à la lecture de mon passeport.
Vendredi dernier, j'ai eu le plaisir de répondre aux questions de Venise.
Pour les curieux, c'est ici
La mer roule son sel au passe-mot, me laissant échouée sur les sables du souvenir. Océan mer, un autre roman magnifique, d'Alessandro Baricco.
Et un poème, retrouvé en creusant le sable mouillé, sur la ligne de rupture des vagues, là où de petites bulles éclatent dans l'air, nous indiquant le chemin à prendre pour cueillir le nautile.
Le Prince
Cette nuit
Dans les draps de la tempête
Quand les vagues se déchirent sous ma fenêtre
Que mon ventre glisse contre la bête !
Cette nuit
Prince de sel, écume de colère
L’eau filtre sous la grille
Charriant ses débris
Cette nuit
Enroulée à ma cheville
L’ancre crisse sur le lit
Ton désespoir tracé
Cette nuit
Prince des noyés
Homme calcaire
Abandonneras-tu nos corps à la mer ?
La branche en plastique
Je regarde défiler le paysage. L'autoroute est fluide. Mes yeux enregistrent les détails du spectacle environnant : des panneaux, des feuilles s'envolent en tourbillonnant parce que le semi-remorque est très chargé, le profil d’un conducteur est appliqué et on le double doucement, sa compagne a posé ses pieds en hauteur au-dessus de la boîte à gants, un des enfants écoute, médusé, l'écho de son baladeur, l'autre ricane en exécutant le personnage fictif d'un jeu vidéo. Vitesse conseillée 130 km/h, pas de bouchon, un arrêt toutes les deux heures pour éviter le coup de fatigue. Puis les yeux balaient ce que la vitesse leur offre. Parfois, on est pris dans une conversation, bilan de la semaine écoulée : prises de décisions, discussions… On chantonne aussi en scandant avec Brassens «… les imbéciles heureux qui sont nés quelque part…».
Puis, on ne sait pas pourquoi, un millimètre carré de notre cerveau se met en alerte. Nos yeux ont enregistré une image troublante. Accroché à une branche dénudée, flotte un morceau de plastique.
En soi, plutôt banal. A y regarder de plus près, on trouve cette image sidérante. Un déchet volatile né de la société de consommation s'agite, prisonnier d'une nature qui le subit. Maintenant, il ne faut plus y réfléchir mais s'y arrêter. C'est donc cela l'accoutumance de notre regard ? Une banalisation de deux mondes accrochés l'un à l'autre, accidentellement, et qui décorent notre paysage ? Une branche en plastique sur un arbre ! C'est décourageant, on a envie de siffler la médiocre prestation des acteurs, le scénario écrit trop vite, les répliques peu soignées. On a été abusé par les critiques. Ils ont bien ri de nous. Le spectacle n'arrive même pas à la cheville d'une farce grotesque !
On cligne des yeux. Soit pour effacer, soit pour vérifier qu'on n'est pas en plein cauchemar. Mais non ! C'est bien le déroulement permanent de notre réalité qui défile et on fait partie du film. On n'est pas que spectateur, on est aussi acteur. Le morceau de plastique est accroché là, parce que quelqu'un l'a fabriqué, quelqu'un d’autre s'en est servi, puis l’a jeté dans la nature. La chaîne humaine est responsable de cette vision. A un détail près cependant : l'arbre n'a rien demandé à personne. Il n'y est pour rien.
A ce sujet, l'arbre a-t-il été crée de toutes pièces pour la mise en scène ou était-il là avant ? Il était évidemment là bien avant nous, pourrait témoigner l'agriculteur du champ voisin. Avant il n'y avait pas d'autoroute, pas de voitures dans tous les sens et, bien sûr, personne pour s'ébahir devant les champs et les arbres. C'était normal. La vie quoi ! Pendant que la voiture avance, on a parcouru des sphères de compréhension qui affluent à notre conscience.
On ne sait plus qu'une chose : on ne s'habituera jamais au spectacle d'une branche en plastique dans ce type de décor.