29/01/2009

Par Laurence Prud'homme

Tiré des oubliettes... Ah! Cher pays de mon enfance...


"... le jeune garçon que j'ai été reste intact; il n'avait pas de boucles dorées à ses souliers: il allait pieds nus. Au fronteau de la terre de ses parents, passait une rivière qui avait autant d'eau que la vôtre,sinon plus, mais on n'y voyait pour toute flotte que les chaloupes des poissonniers. Cette rivière était lente; il fallait ramer pour la descendre. Elle débouchait dans le lac Saint-Pierre qui noie le fleuve par son étendue. (...) L'eau succédait à l'eau parmi les joncs, les sagittaires et les nénuphars. L'étendue de ce lac n'avait d'égale que son manque de profondeur. (...) J'ai l'impression d'avoir succombé à cette paresse feinte de notre fleuve qu'est le lac Saint-Pierre. À Pointe-du-lac, il se reforme et vite reprend son chemin. C'est lui qui est dans la vérité. (...) c'est le fleuve rapide qui passe entre Sainte-Angèle et Trois-Rivières, où se jette la rivière Batiscan, c'est cette voie d'eau, en route vers le golfe et l'océan, qui est la vérité. Je viens d'un pays d'illusion et la grâce de Dieu est grande, qui m'en aura tiré. Votre rivière ne trouve pas sa fin dans les joncs et les nénuphars. Elle est un chemin qui donne sur un plus grand chemin. Elle vous met dans la réalité et la réalité vous confère l'audace. Ce magnifique trois-mâts a certainement plus de tonnage que ma petite chaloupe de la Rivière-du-Loup. C'est de cette chaloupe, pieds nus, que je vous demande: qui êtes-vous donc, gens de Batiscan? "


Voguons donc, chers amis! On dit que la mer est belle...


Ferron, Jacques. Le Saint-Élias, Éditions Typo.
publié par caravane à 22:00
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