13/01/2009 22:58

Par Laurence Prud'homme


La mer roule son sel au passe-mot, me laissant échouée sur les sables du souvenir. Océan mer, un autre roman magnifique, d'Alessandro Baricco.

Et un poème, retrouvé en creusant le sable mouillé, sur la ligne de rupture des vagues, là où de petites bulles éclatent dans l'air, nous indiquant le chemin à prendre pour cueillir le nautile.

Le Prince

Cette nuit

Dans les draps de la tempête

Quand les vagues se déchirent sous ma fenêtre

Que mon ventre glisse contre la bête !

 

Cette nuit

Prince de sel, écume de colère

L’eau filtre sous la grille

Charriant ses débris

 

Cette nuit

Enroulée à ma cheville

L’ancre crisse sur le lit

Ton désespoir tracé

 

Cette nuit

Prince des noyés

Homme calcaire

Abandonneras-tu nos corps à la mer ?



11/12/2008 12:08

Par Laurence Prud'homme

Oh! Oh! Je ne la connaissais pas, celle-là!! Je l'avoue, j'ai fouillé dans le blogroll de Chantal Guy!

Quatrains folichons, chansonnettes légères, philosophie-la-cuisse-en-l'air, c'est follement amusant!! Elle est rusée, brillante. Ses poèmes laissent des marques cuisantes sur la peau.

Quelle finesse dans les mots de cette Anne Archet!

Allez lire: http://archet.net/journal/index.php

 

10/12/2008 12:26
Par Laurence Prud'homme


La féérie, cette nuit, ce matin, prend tout son sens dans les mots de Jacques Brault. Moments fragiles, haïku minuscules qui en disent long...


Novembre s'amène
nu comme un bruit de neige
et les choses ne disent rien
elles frottent leurs paumes adoucies d'usure



J'écoute la pluie s'endormir dans la neige
et les herbes se tapir chez les morts
j'écoute aussi le temps qui me dure



Soleil blanc d'un hiver hâtif
tu me découpes une ombre toute blanche



La neige est tombée si doucement
dans ma veille que j'ai entendu soupirer
la foudre tranquille



Neige d'un soir
épands-toi partout
brouille l'air alentour
que cette vieille angoisse qui me vient
ne trouve pas son chemin


Brault, Jacques. Moments fragiles, Éditions Le Noroît.
10/11/2008 23:51

Par Laurence Prud'homme


Un poème en blogue. Il faut lire à chaque jour, sans suivre le fil, il faut s'y perdre, marcher sur le bord de la route qui traverse le désert de sel. Des oreillers couverts de sueur, la peau de filles qui passent et laissent des cheveux derrière elles. L'hiver à Khartoum est étrange et fantasque. Des personnages insolites posent des gestes puis disparaissent. L'imaginaire pour l'imaginaire. C'est un château suspendu dans l'éther et moi, comme Philémon, je suis tombée sur la lettre K.
Khartoum, l'hiver.


http://lhiverakhartoum.wordpress.com/

 

18/10/2008 07:50

Par Laurence Prud'homme


Ce matin, trois extraits de Romans-fleuves, trois cailloux polis déposés sur le lit de ma bibliothèque vidée:


Matière exotique

Au petit matin je pliai bagages
et poussai mon bel âge en terre inconnue
pour me rouler dans le lit profond
d'une maison jamaïcaine, puis ce fut
à cinq heures de l'après-midi
l'Espagne qui me faisait pâtir,
sa procession de taureaux piqués au muscle
de l'épaule, chancelant au soleil vers la mort
en banderilles. Ô amie noire,
m'auras-tu si peu
appris à boire?
L'estocade jusqu'au coeur
m'ensabla la bouche, et maintenant
des fantômes montent le long du cubitus vers ma main qui écrit,
le stylo tari de mémoire
grince vers le rebord des pages,
striant l'espace
devenu océan.



Hiver

Les arbres sont tombés en moi
comme des corps. Très haut
la neige suspendue se multiplie
et le ciel devenu blanc
disparaît jusqu'au fond des yeux.
Il faut l'inventer au noir
dans un cognement de nouveaux
soleils et la nouvelle lointaine
d'une invasion de cervidés.
Ici dans la chambre, le papier
couvre tout et les récits fourmillent,
c'est un reste d'été aux milles histoires
drôles ou aguichantes,
et même l'hiver qui s'infiltre
fait un bruit très doux de feuillage.


Marelle

De l'esplanade on aperçoit la plaine.
On pourrait s'y perdre
dans une vie parallèle
à celle-ci, quand le corps
oublieux de ses os
suit à la trace une idée fixe
d'herbes et de folles fourrures.
On n'en fera rien, pour mieux
entendre à portée de voix
ce babillage des petites fées
qui égrènent l'espace entre leurs doigts
et marquent les jours à la craie rose
comme un jeu de marelle
où le talon parfois
écrase un vieux bijoux.


Nepveu, Pierre. Romans-fleuves, Éditions du Noroît.